Les radio-fréquences et le cancer

Publié le par Jean-Luc POUSSARD

Mise à jour des résultats – 06 décembre 2007

L’Etude INTERPHONE, série d’études cas-témoins multinationale, mise sur pied pour déterminer si l’utilisation des téléphones portables accroît le risque de cancer et, spécifiquement, si les rayonnements dans les radio-fréquences émis par les téléphones portables sont cancérogènes, approche de sa conclusion. Des études séparées ont été réalisées pour le neurinome de l’acoustique, le gliome, le méningiome et des tumeurs de la glande parotide. Les études utilisaient un protocole central commun et ont été réalisées en Allemagne, en Australie, au Canada, au Danemark, en Finlande, en France, en Israël, en Italie, au Japon, en Norvège, en Nouvelle- élande, au Royaume-Uni et en Suède. Les détails du protocole d’étude et des procédures ont été publiés (Cardis, Richardson et coll, 2007 – Springer Open Access http://www.springerlink.com/content/x88uu6q103076p53/).

Cette étude réunit environ 2600 gliomes, 2300 méningiomes, 1100 neurinomes de l’acoustique, 400 tumeurs de la glande parotide ainsi que leurs témoins respectifs. Il s’agit, de loin, de la plus grande étude épidémiologique de ces tumeurs à ce jour. Un certain nombre d’articles méthodologiques ont été soumis ou publiés (Vrijheid, Deltour et coll, 2006; Vrijheid, Cardis et coll, 2006; Cardis, Richardson et coll, 2007; Berg et coll, 2005; Hepworth et coll, 2006; Parslow et coll, 2003; Samkange-Zeeb et coll, 2004; Lakhola et coll, 2005), s’intéressant aux questions de conception d’étude, de biais de participation, d’erreur de rappel et d’évaluation de l’exposition qui sont des questions essentielles dans l’interprétation des résultats de l’étude.

Les résultats des analyses nationales des rapports entre utilisation des téléphones portables et risque de types spécifiques de tumeurs dans certains des pays participants ont été publiés (Christensen et coll 2004, 2005; Hepworth et coll, 2006; Hours et coll, 2007; Klaeboe et coll, 2007; Lahkola et coll, 2007; Lonn et coll, 2004, 2005, 2006; Sadetzki et coll, 2007; Schlehofer et coll, 2007; Schoemaker et coll, 2006; Schuz et coll, 2006; Takebayashi et coll, 2006). Dans la plupart des études, l’OR lié au fait d’avoir jamais été un utilisateur régulier de téléphone portable était inférieur à 1, dans certains cas de façon statistiquement significative, reflétant peut-être un biais de participation ou d’autres limitations méthodologiques.

Pour les gliomes, bien que les résultats selon le temps passé depuis le début de l’utilisation et l'intensité de l’utilisation du téléphone varient, le nombre d’utilisateurs à long terme est faible dans les différents pays et les résultats sont par conséquent compatibles. La mise en commun des données des pays scandinaves et d’une partie du Royaume-Uni a permis de dégager un risque de gliome significativement accru en relation à l’utilisation de téléphones portables pour une période de 10 ans ou plus du côté de la tête où la tumeur s’est développée (Lahkola et coll, 2007). Ces résultats pourraient représenter soit un rapport de cause à effet, soit un artéfact, qui serait lié à la différence de rappel entre les cas et les témoins.

Pour le méningiome et le neurinome de l’acoustique, la plupart des études nationales ont apporté peu d’indications d’un risque accru. Le nombre des utilisateurs à long terme et des utilisateurs intenses dans les différentes études individuelles était cependant encore plus faible que pour le gliome, et empêche de conclure de façon définitive sur une éventuelle association entre l’utilisation des téléphones portables et le risque de ces tumeurs. Une analyse d’ensemble des données des pays scandinaves et du Royaume-Uni a mis en évidence un risque accru de façon significative de neurinome de l’acoustique lié à la durée d’utilisation de dix ans ou plus du côté de la tumeur (Schoemaker et coll, 2006). Là encore, ces résultats pourraient représenter soit un rapport de cause à effet, soit un artéfact, qui serait lié à la différence de rappel entre les cas et les témoins.

Pour les tumeurs de la glande parotide, aucune augmentation du risque n'a été observée globalement pour une mesure d'exposition étudiée. Dans une analyse combinée des données de Suède et du Danemark (Lonn et coll, 2006), une augmentation de risque non significative de tumeurs bénignes a été observée pour une utilisation ipsilatérale de 10 ans ou plus, et une diminution du risque a été observée pour une utilisation controlatérale, reflétant peut-être une différence de rappel entre les cas et les témoins.
Dans l'étude israélienne, où les sujets avaient
tendance à rapporter une utilisation beaucoup plus intense de téléphones portables, les résultats laissent penser qu'il existe un rapport entre une utilisation intensive des téléphones portables et
les tumeurs de la glande parotide.
Des investigations supplémentaires de cette association, avec
des périodes de latence plus longues et de grands nombres d'utilisateurs intensifs sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Les manuscrits présentant les résultats des analyses internationales, sur la base de nombres beaucoup plus grands d’utilisateurs intenses et à long terme sont en préparation. Des analyses plus détaillées sont également en cours, et se concentrent sur une localisation plus précise des tumeurs à l’aide d’images radiologiques en trois dimensions, et sur l’analyse de l’effet de l’exposition aux RF sur la localisation de la tumeur, à l’aide d’un gradient de RF émises par les téléphones portables. On procède également à l’ajustement pour les erreurs de mesure d’exposition sur la base des données des études de validation, afin d’évaluer l’impact de ces erreurs sur le risque.

Les résultats des analyses nationales du rapport entre d’autres facteurs de risque et les tumeurs d’intérêt ont également été publiés ou sont sous presse (Berg et coll, 2006; Bethke et coll, sous presse; Blettner et coll, 2006; Edwards et coll, 2006; Malmer et coll, 2007; Sadetzki et coll, sous presse; Schlehofer et coll, 2007; Schoemaker et coll, 2006, 2007a, 2007b; Schuz et coll, 2006; Schwartzbaum et coll, 2005, 2007; Wigertz et coll, 2006, 2007). Ces facteurs de risque sont le tabagisme, les allergies, les facteurs de risque environnementaux et professionnels, l’irradiation thérapeutique et les gènes.

Les travaux démarrent pour exploiter de façon plus détaillée l’information sur les expositions professionnelles recueillie dans le cadre de l’étude INTERPHONE, dans l’objectif de : 1) évaluer l’association éventuelle entre

exposition professionnelle aux CEM (CEM et RF/OM) et le gliome et le méningiome; 2) évaluer l’association possible entre certaines expositions chimiques professionnelles et ces tumeurs ; et 3) étudier la possibilité de synergie et/ou de confusion entre les expositions chimiques et les CEM sur le risque de cancers cérébraux. Ces travaux supposent d’évaluer l’exposition professionnelle aux CEM et à certains produits chimiques à l’aide de matrices emploi-exposition validées, qui seront élaborées dans le cadre du projet, et de raffiner cette évaluation par la consolidation des informations obtenues grâce à la matrice emploi-exposition sur des variations de l’exposition liées à une industrie spécifique dans laquelle un sujet travaillait, aux tâches qu’il ou elle réalisait et aux sources réelles de l’exposition, disponibles grâce aux réponses données au questionnaire INTERPHONE.

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