Téléphone mobile et cancer
Le débat fait rage depuis plusieurs années : les téléphones mobiles favorisent-ils le risque de développement de tumeurs chez leurs utilisateurs ? Après l’étude britannique de septembre dernier avançant l’absence d’effets biologiques associés aux téléphones mobiles, un article suédois vient prendre le contre-pied de cette décision d’experts en mettant en avant les risques accrus de cancer lors d’un usage à long terme des téléphones portables.
Le débat sur les effets biologiques des ondes électromagnétiques générées par les téléphones portables n’est pas récent : au début des années 1990, aux États-Unis, la famille d’une utilisatrice décédée d’une tumeur au cerveau intentait un procès contre un fabriquant de téléphones cellulaires, qu’elle jugeait responsable du décès de leur proche. La plainte avait alors été classée irrecevable, faute d’arguments scientifiques. Mais cette affaire déclencha une véritable polémique, née de l’inquiétude suscitée par une exposition prolongée lors de forts temps de communication. Afin de répondre à ces interrogations, de nombreuses études ont été depuis menées, visant à démontrer d’éventuels liens entre téléphonie mobile et risques de cancer. En 2005, Anne Colonna, biologiste à l’Inserm, synthétisait les recherches jusqu’alors publiées et concluait dans une étude parue dans la revue Bulletin du Cancer que « le lien entre cancer et téléphone cellulaire n’a encore pu être ni confirmé ni invalidé » (Colonna, 2005).
En 2005, toujours, une autre étude suédoise plaidait en faveur d’une absence de cause à effet entre risque de tumeurs et utilisation sur de nombreuses années du téléphone portable (Lönn, 2005). Un point de vue progressivement critiqué, notamment dans les conclusions du groupe allemand d’Interphone (Schüz, 2006), ces experts restant prudents sur les effets du téléphone portable à long terme.
Lorsqu’en septembre 2007, le rapport britannique du Mobile Telecommunications and Health Research (MTHR) Programme est rendu publique, ses auteurs concluent sur l’absence de liens entre risque tumoral et téléphonie mobile. Ce document provoque à nouveau une vive polémique. Cette nouvelle analyse suédoise publiée dans la revue Occupational and Environmental Medecine représente un élément de réponse à l’étude britannique. Les deux chercheurs suédois ont réalisé une compilation de dix-huit études déjà publiées. Leur travail conclut qu’au-delà d’une période d’utilisation de 10 ans du téléphone portable, le risque de développer une tumeur cérébrale maligne (le gliome) du côté où l’appareil touche l’oreille serait multiplié par deux. Pour les atteintes du nerf acoustique (ou neuromes), le risque serait 2,4 fois plus élevé.
Lawrie Challis, qui a dirigé l’étude britannique, admet qu’en raison du faible nombre de patients ayant utilisé un téléphone mobile depuis plus de dix ans, « il n’est pas possible à ce stade d’écarter la possibilité que des cancers puissent apparaître dans les prochaines années ». Il semblerait, qu’au-delà de la polémique, les résultats sur le long terme actuellement discutés par les spécialistes soient encore trop peu nombreux. Comment expliquer ce retard ? Selon Elisabeth Cardis, coordinatrice de l’étude internationale “Interphone”, il existerait un biais dans les données statistiques, provenant de la relation faite – à tord ou à raison - par les patients entre leur maladie et leur utilisation passée du téléphone portable. A la recherche d’une réponse à leurs maux, ils effectueraient rapidement le rapprochement ou exagèreraient leur temps d’exposition. Au final, de nombreuses études citées par les chercheurs suédois notent une augmentation des tumeurs cérébrales, sans qu’elles soient systématiquement significatives. Toute la difficulté du travail vient alors dans l’interprétation des résultats statistiques ainsi obtenus.
La recherche actuelle souhaite également comprendre quel rôle pourrait jouer le temps d’exposition, notamment chez les plus gros consommateurs de téléphonie mobile, suspectés d’encourir une augmentation du risque de neurinomes, de méningiomes ou de gliomes, comme l’évoque une publication française parue dans la Revue d’épidémiologie et de santé publique. La prochaine étape consistera donc à prouver que cette tendance est belle et bien, hélas, significative.
Brève proposée par G. Calu Spectrosciences.com